Cinq gestes concrets pour favoriser les insectes et les abeilles sauvages dans votre jardin en mai et augmenter la biodiversité.
Au mois de mai, l’activité des insectes indigènes atteint son apogée annuelle. De nombreuses espèces ont terminé leur diapause hivernale et ont immédiatement besoin d’énergie sous forme de nectar ainsi que de protéines issues du pollen pour assurer leur reproduction et la construction de leurs nids. Dans les jardins entretenus de manière intensive, des carences alimentaires surviennent souvent durant cette phase, car les plantes sauvages spontanées sont éliminées ou les pelouses sont tondues trop tôt et trop court. Il en résulte un manque de biodiversité qui perturbe l’équilibre écologique et facilite la propagation des ravageurs.
Un jardin naturel repose sur le principe des structures en mosaïque. Cela signifie que différents micro-habitats coexistent dans un espace restreint. Par des interventions ciblées et simples, il est possible d’accroître de manière mesurable la biodiversité en quelques jours. Il ne s’agit pas d’un abandon du jardin, mais d’une gestion consciente de la succession écologique (la suite naturelle des communautés végétales) afin d’éliminer les goulots d’étranglement en matière de nourriture et de logement.
Au printemps, la disponibilité de la nourriture est cruciale. De nombreuses abeilles sauvages spécialisées, qualifiées d’oligoléctiques (spécialisées sur des familles de plantes précises), dépendent de la période de floraison des plantes sauvages indigènes. Veillez à préserver des plantes telles que le pissenlit (Taraxacum), le lamier pourpre (Lamium purpureum) et la pâquerette (Bellis perennis).
Selon les données actuelles sur la pollinisation, le pissenlit (Taraxacum) est l’une des plantes généralistes les plus importantes. Sa forte teneur en nectar et en pollen nourrit plus de 100 espèces d’insectes, dont l’osmie cornue (Osmia cornuta). Supprimer ces plantes en mai priverait ces animaux de leur subsistance. Adoptez plutôt une tonte sélective : ne tondez que les allées réellement utilisées et laissez le reste sous forme d’îlots fleuris. Cela favorise la création de micro-habitats où les insectes trouvent un abri contre les prédateurs.
Les insectes ont besoin d’eau non seulement pour s’abreuver, mais aussi pour refroidir leurs nids et pour préparer les matériaux de construction. Les guêpes solitaires, en particulier, utilisent de l’argile humide pour sceller leurs galeries de ponte. Une simple coupelle d’eau peut ici faire une grande différence.
Placez une coupelle plate dans un endroit ensoleillé et protégé du vent. Il est important d’y installer des zones d’atterrissage pour éviter que les animaux ne se noient. Utilisez pour cela des pierres ou de la mousse qui dépassent de l’eau. Les observations montrent qu’outre les abeilles domestiques (Apis mellifera), les syrphes (Syrphidae) et plusieurs espèces de papillons utilisent intensément ces points d’eau. Veillez à renouveler l’eau régulièrement pour éviter la prolifération des larves de moustiques, bien que dans un jardin écologiquement équilibré, les larves de libellules ou les gerris (Gerridae) se chargent généralement de cette régulation.
Un facteur souvent négligé dans la protection des espèces est l’accès au sol brut. Environ trois quarts des quelque 560 espèces d’abeilles sauvages d’Europe centrale nichent dans le sol. Dans les jardins densément végétalisés ou paillés, des espèces comme l’andrène commune (Andrena flavipes) ne trouvent pas d’endroits appropriés pour creuser leurs galeries.
Pour y remédier, dégagez de petites surfaces (environ 0,5 à 1 mètre carré) de toute végétation et grattez légèrement le sol. Les emplacements présentant des conditions xérothermiques (chaudes et sèches), c’est-à-dire des zones ensoleillées avec un substrat sableux ou limoneux, sont idéaux. Cette sablière permet aux femelles de creuser leurs galeries de ponte verticalement dans le sol. Sans ces espaces ouverts, le jardin reste inutilisable comme site de nidification pour la majorité des abeilles sauvages, même si la nourriture est abondante.
L’ordre excessif au jardin est souvent l’ennemi de la biodiversité. Les décomposeurs, qui jouent un rôle majeur dans le cycle des nutriments, vivent dans les matières végétales mortes et les couches de feuilles. Un petit tas de bois mort ou de feuilles sèches offre un abri immédiat aux insectes prédateurs.
Les carabes (Carabidae) et les staphylins (Staphylinidae) sont actifs au crépuscule et la nuit. Durant la journée, ils ont besoin de cachettes humides et sombres sous le bois ou les feuilles. Ces animaux sont des régulateurs efficaces contre les limaces et les pucerons. Les larves de la chrysope verte (Chrysoperla carnea) utilisent également ces structures pour se nymphoser. En conservant du bois mort dans le jardin, vous favorisez en outre les insectes xylophages (qui consomment le bois), qui décomposent la matière et enrichissent ainsi le sol en humus.
La perturbation la plus intense dans un jardin est la tonte globale et simultanée. Elle détruit non seulement les sources de nourriture, mais élimine aussi mécaniquement les stades de développement (œufs, larves) de nombreux insectes. La solution réside dans la tonte différenciée ou en mosaïque (tondre de manière décalée dans le temps et dans l’espace).
En mai, laissez au moins 20 % de votre pelouse non tondue. Ces bandes d’herbes hautes servent de refuges. Les insectes peuvent s’y replier depuis les zones fraîchement tondues. Après quelques semaines, alternez les zones : les anciens îlots sont tondus, et vous laissez l’herbe pousser ailleurs. Cela simule la dynamique naturelle des paysages de pâturage, où des animaux comme l’élan (Alces alces) créent également, par leur broutage sélectif, une mosaïque de hauteurs de végétation différentes, ce qui accroît la biodiversité à l’échelle du paysage.
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Le tableau suivant met en évidence la relation entre la mesure appliquée et le bénéfice biologique pour des groupes d’animaux spécifiques :
| Mesure | Groupe cible (exemples) | Bénéfice écologique |
|---|---|---|
| Laisser des îlots fleuris | Osmies (Osmia), Citron (Gonepteryx rhamni) | Approvisionnement en nectar et pollen pour l’énergie et le couvain |
| Coupelle d’eau | Polistes (Polistes), Abeille domestique (Apis mellifera) | Thermorégulation et préparation des matériaux de construction |
| Zones de sol nu | Andrènes (Andrena), Dasypodes (Dasypoda) | Possibilité d’aménager des nids souterrains |
| Tas de bois mort | Lucane cerf-volant (Lucanus cervus), Carabes (Carabidae) | Développement larvaire et protection contre la prédation |
| Tonte différenciée | Criquets (Acrididae), Coccinelles (Coccinellidae) | Préservation de corridors de déplacement et de zones de refuge |
Grâce à ces gestes simples, vous transformez votre jardin en un écosystème fonctionnel. Les résultats s’observent généralement en quelques jours par une présence accrue d’insectes pollinisateurs et une plus grande densité d’auxiliaires qui contribuent à la régulation naturelle de votre jardin.
Pourquoi un hôtel à insectes seul ne suffit-il pas ? Les hôtels à insectes ne profitent qu’à un petit nombre d’espèces. Environ 70 % des abeilles sauvages nichent dans le sol. Sans zones de sol nu et sans ressources alimentaires à proximité, l’aide reste incomplète.
Le bois mort n’attire-t-il pas les ravageurs au jardin ? Le bois mort favorise avant tout les prédateurs comme les carabes, qui limitent les populations de ravageurs. Un bon équilibre écologique empêche la prolifération massive d’une seule espèce.
Faut-il changer l’eau de l’abreuvoir tous les jours ? Un changement tous les deux à trois jours est idéal pour éviter le développement d’algues et de larves de moustiques. Rincez la coupelle uniquement à l’eau claire, sans détergent.
Le pissenlit nuit-il à la pelouse ? Le pissenlit (Taraxacum) améliore la structure du sol grâce à sa racine pivotante. Dans une pelouse naturelle, il constitue une plante indicatrice précieuse.
Quel type de sol convient le mieux aux abeilles sauvages ? La plupart des espèces préfèrent les sols sablo-limoneux bien exposés au soleil. Il est important que la zone soit exempte de végétation pour que le sol puisse se réchauffer rapidement.
Peut-on aussi favoriser les insectes à l’ombre ? Oui, les zones ombragées sont idéales pour installer un tas de bois mort ou de feuilles. C’est là que se plaisent particulièrement les amphibiens et certaines espèces de coléoptères spécialisés.
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