Prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux – un habitat nord-européen en danger critique d’extinction
Le type d’habitat des prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux (EUNIS E7.2) regroupe des paysages ouverts de Fennoscandie et d’Estonie, traditionnellement pâturés ou fauchés, avec un couvert arboré de 10 à 35 %. La Liste rouge européenne des habitats (2022) le classe « En danger critique d’extinction ». Il est protégé par deux habitats d’intérêt communautaire : les prairies boisées fennoscandiennes* (6530) et les pâturages boisés fennoscandiens (9070). Les principales menaces sont l’abandon de l’exploitation, l’embroussaillement et certaines règles agricoles.
Einordnung
- Originalbezeichnung
- Hemiboreal and boreal wooded pasture and meadow
- EUNIS
- E7.2 – Sub-continental parkland
- EU-28
- Critically EndangeredR
- EU-28+
- Critically EndangeredR
- FFH-Anhang I
- 6530; 9070 – * Fennoscandian wooded meadows; Fennoscandian wooded pastures
L’essentiel en bref
- Type d’habitat : Les prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux sont des paysages ouverts, parsemés d’arbres, du nord de l’Union européenne. Ils ont été façonnés au cours des siècles par un pâturage extensif, la fauche et la taille des arbres (notamment l’émondage).
- Code EUNIS : E7.2 – Paysage de parc subcontinental (sub-continental parkland).
- Statut Liste rouge (UE28/UE28+) : En danger critique (Critically Endangered).
- Annexe I de la directive Habitats : Protégé en tant qu’habitat prioritaire 6530 (*Prairies boisées fennoscandiennes) et en tant qu’habitat 9070 (Pâturages boisés fennoscandiens).
- Répartition : Fennoscandie et Estonie ; historiquement, en Finlande, certains de ces habitats sont issus de forêts brûlées (culture sur brûlis).
- Biodiversité : Ces milieux comptent parmi les plus riches d’Europe en espèces végétales – des records mondiaux ont été observés dans les prairies boisées estoniennes, avec jusqu’à 76 espèces de plantes vasculaires par mètre carré.
- Menaces principales : Abandon des pratiques traditionnelles, embroussaillement, agriculture trop intensive et abattage des vieux arbres en raison de certaines règles de la PAC.
- Indicateurs de qualité : Forte présence de vieux arbres, richesse en lichens épiphytes, absence d’embroussaillement, absence de fertilisation excessive.
Classification EUNIS : Paysage de parc subcontinental (E7.2)
Dans la typologie européenne des habitats EUNIS (European Nature Information System), cet habitat est répertorié sous le code E7.2 – Sub-continental parkland. Ce nom évoque son apparence de parc : une pelouse ouverte parsemée d’arbres, souvent très âgés et à large couronne. Contrairement aux forêts denses, les prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux présentent un taux de couvert arboré typiquement compris entre 10 et 35 %. La strate herbacée est donc nettement plus développée que celle d’une forêt, ce qui offre un habitat à une multitude de plantes et d’animaux dépendant de la lumière.
Le terme « hémiboréal » désigne la zone de transition entre la région boréale (forêts de conifères du Nord) et la zone tempérée des forêts de feuillus. Le climat y est frais à tempéré, la saison de végétation courte mais très lumineuse en été – conditions idéales pour une mosaïque de prairies, de buissons et de bouquets d’arbres.
Liste rouge européenne des habitats : en danger critique
La Liste rouge européenne des habitats (2022) évalue le type d’habitat E7.2 comme « En danger critique d’extinction » (Critically Endangered), tant pour l’UE28 que pour l’UE28+ étendue. Cette catégorie de menace la plus élevée reflète un déclin dramatique : jusqu’au XIXe siècle, les pâturages boisés et les prairies boisées étaient des éléments marquants du paysage dans une grande partie de l’Europe du Nord. Aujourd’hui, ils se réduisent à des fragments résiduels très dispersés.
L’évaluation est fondée sur les critères scientifiques de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), adaptés aux habitats. Les facteurs déterminants sont la perte quantitative de surface et la détérioration qualitative due à l’abandon de l’exploitation agricole traditionnelle. Les données sources disponibles ne contiennent pas d’évaluation de l’état de conservation au titre de l’article 17 de la directive Habitats.
Annexe I de la directive Habitats : deux habitats protégés
Le type d’habitat décrit ici est inscrit à deux reprises dans la directive Habitats de l’UE :
- *6530 Prairies boisées fennoscandiennes : Habitat prioritaire (d’où l’astérisque), ce qui signifie que l’UE lui accorde une responsabilité de conservation particulièrement élevée. Les prairies boisées résultent d’une combinaison de fauche, de pâturage ultérieur et d’une exploitation sélective du bois. Les arbres étaient traditionnellement émondés (taille de la couronne pour la récolte de feuillage destiné au fourrage), ce qui favorisait le caractère ouvert du milieu.
- 9070 Pâturages boisés fennoscandiens : Également protégé, mais non prioritaire. Ici, le pâturage par des bovins ou des ovins domine, le peuplement arboré servant d’ombrage et de source de fourrage.
Ces deux types se superposent souvent sur le terrain et leur composition en espèces est très proche. Ensemble, ils constituent le cœur des paysages agricoles traditionnels relevant du concept de terres agricoles à haute valeur naturelle (High Nature Value farmland).
Écologie et histoire de l’utilisation des terres
Les prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux sont le résultat d’une exploitation paysanne à petite échelle qui s’est poursuivie pendant des siècles. Contrairement aux pâturages modernes dominés par quelques espèces de graminées rases, ils résultent :
- d’un pâturage extensif par des races rustiques de bovins et d’ovins, qui broutent de manière sélective et créent des micro-perturbations favorables à la germination ;
- d’une fauche sur des parcelles, souvent tardive, permettant de conserver des prairies fleuries ;
- de l’émondage des arbres feuillus (surtout frênes, ormes, tilleuls) pour disposer de fourrage pendant les longs hivers ;
- du brûlis suivi de pâturage – en Finlande, des forêts de feuillus riches en espèces à caractère pastoral sont issues de telles pratiques et sont explicitement rattachées au type E7.2.
La combinaison de perturbations irrégulières, d’exportations de nutriments et de conditions stationnelles très variables (de l’humide au sec) crée une mosaïque extrêmement fine de microhabitats. C’est pourquoi ces milieux sont des « points chauds » de biodiversité. Un seul mètre carré peut abriter davantage d’espèces de plantes à fleurs que bien des pelouses naturelles d’Europe centrale.
Ces pâturages boisés traditionnels constituent également une archive vivante de l’histoire sociale et économique locale. Ils témoignent de l’utilisation des biens communaux, des droits d’usage du bois et de l’imbrication étroite des exploitations paysannes avec la forêt.
Richesse spécifique et espèces caractéristiques
La végétation associe des espèces de milieux ouverts, forestiers et de lisières. La strate arborée est généralement dominée par le bouleau (Betula spp.), le chêne pédonculé (Quercus robur), le hêtre (Fagus sylvatica), le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata), l’aulne blanc (Alnus incana) et le noisetier (Corylus avellana). Des conifères comme le pin sylvestre (Pinus sylvestris) et l’épicéa (Picea abies) peuvent y être mêlés. On note l’absence caractéristique d’une strate arbustive dense, mais le genévrier (Juniperus communis) est fréquent.
Le tableau suivant présente une sélection d’espèces caractéristiques par strate :
| Strate | Espèces caractéristiques (sélection) |
|---|---|
| Arbres / arbustes | Alnus incana, Betula spp., Corylus avellana, Fagus sylvatica, Fraxinus excelsior, Juniperus communis, Pinus sylvestris, Picea abies, Quercus robur (et Q. petraea), Tilia cordata, Ulmus glabra, Ulmus minor |
| Strate herbacée | Graminées : Agrostis capillaris, Deschampsia spp., Festuca ovina, Luzula campestris, Poa pratensis – Plantes à fleurs : Alchemilla spp., Fragaria vesca, Geranium sylvaticum, Trifolium repens, Ajuga pyramidalis, Antennaria dioica, Campanula rotundifolia, Succisa pratensis, Veronica officinalis, V. chamaedrys |
| Espèces forestières dans le sous-bois | Vaccinium myrtillus, Anemone nemorosa, Maianthemum bifolium |
| Lichens et mousses épiphytes | Lobaria pulmonaria (pulmonaire), Ramalina spp., Usnea spp., Gyalecta ulmi, Orthotrichum stramineum, Sclerophora spp., Homalothecium sericeum, Diplotomma alboatrum |
Il faut souligner l’importance des très vieux arbres, qui offrent un habitat à une flore lichénique et muscinale hautement spécialisée. La présence de la pulmonaire (Lobaria pulmonaria) est un indicateur d’une continuité d’exploitation extensive et d’un climat propre.
Répartition en Europe
Le cœur de l’aire de répartition se trouve en Fennoscandie et en Estonie. En Finlande s’ajoutent les forêts de feuillus qui ont été pâturées après une pratique historique de culture sur brûlis. Autrefois, ce type d’habitat était largement répandu dans toute l’Europe du Nord ; aujourd’hui, les occurrences restantes forment de petites îles au sein d’un environnement cultivé de manière intensive ou reboisé.
L’Estonie abrite quelques-unes des prairies boisées les plus riches en espèces de la planète. Sur ces surfaces, on a pu dénombrer jusqu’à 76 espèces de plantes vasculaires par mètre carré – un record mondial pour les communautés végétales de la zone tempérée. Il faut toutefois souligner que toutes les stations n’atteignent pas une telle diversité ; la richesse spécifique dépend étroitement de la continuité de l’exploitation et du niveau trophique.
Menaces et causes de déclin
La mise en péril résulte presque exclusivement des changements d’utilisation des terres :
- Abandon de l’exploitation : La pression économique et la disparition des exploitations entraînent l’arrêt du pâturage et de la fauche. Sans prélèvement régulier de la végétation, les milieux s’embroussaillent en quelques années et évoluent vers des forêts fermées – le caractère de parc disparaît.
- Intensification : Un chargement animal excessif, une fertilisation minérale et un sursemis avec des mélanges fourragers productifs détruisent les plantes sauvages peu compétitives et réduisent la diversité à un petit nombre d’espèces.
- Abattage d’arbres lié aux règles de la PAC : Selon certaines logiques de subvention (politique agricole commune), les arbres dont le houppier dépasse 3 mètres de diamètre ne sont plus considérés comme faisant partie de la surface pâturée. Cela a conduit et conduit encore à l’abattage de vieux arbres emblématiques du paysage – et donc à la perte de stations précieuses pour les épiphytes.
- Reboisement : D’anciens pâturages ont souvent été plantés d’épicéas ou de pins au cours du XXe siècle, ce qui transforme complètement l’habitat.
- Espèces exotiques envahissantes : La propagation de plantes non indigènes, issues de plantations ou arrivées naturellement, peut altérer le cortège floristique.
Indicateurs de qualité selon la Liste rouge
La Liste rouge européenne des habitats mentionne les caractéristiques suivantes pour un bon état de conservation :
- Forte présence et abondance de très vieux arbres – ce sont des structures clés pour les lichens et les oiseaux cavernicoles.
- Richesse en épiphytes, surtout lichens et mousses sur les troncs.
- Absence de développement forestier ou d’embroussaillement qui détruirait le caractère ouvert.
- Maintien de l’exploitation – une pression de pâturage suffisante pour maîtriser l’embroussaillement, mais sans surpâturage.
- Pas d’intensification – ni fertilisation, ni chargement excessif, ni retournement de prairie.
- Pas de propagation d’espèces exotiques – qu’elles soient plantées ou invasives spontanées.
Protection et conservation sur le terrain
Pour préserver ce type d’habitat en danger critique, les mesures suivantes sont essentielles :
- Soutien aux formes traditionnelles de pâturage par des programmes agroenvironnementaux qui rémunèrent explicitement le maintien des arbres.
- Entretien par émondage des vieux arbres afin de prolonger leur vitalité et de conserver la structure typique des couronnes.
- Primes à l’extensification rémunérant une fauche tardive sans engrais et une charge animale modérée.
- Réseau écologique entre les surfaces résiduelles, pour permettre les échanges génétiques et stabiliser les populations.
- Suivi des communautés d’épiphytes comme système d’alerte précoce face à une eutrophisation diffuse ou aux effets du changement climatique.
Qu’est-ce que cela signifie pour le jardin et la commune ?
Même si ce type d’habitat à grande échelle, façonné par des siècles d’histoire, ne peut être reproduit tel quel dans un jardin privé, des éléments de sa structure et de son entretien peuvent être transposés dans les jardins et les espaces verts communaux.
Un couvert arboré clair, de vieux arbres fruitiers haute-tige, une prairie fleurie rarement fauchée et l’absence d’engrais de synthèse créent, à petite échelle, des habitats pour de nombreuses plantes herbacées et insectes mentionnés. Les communes peuvent protéger activement des vestiges de pâturages boisés dans les parcs ou en périphérie des villages par un pâturage ovin extensif et la conservation de vieux chênes, tout en les valorisant comme espaces de loisirs.
Quiconque traverse un paysage pastoral richement structuré en reconnaît la parenté avec ces prairies boisées nord-européennes – et contribue peut-être à ce que le savoir sur cet habitat unique ne disparaisse pas.
Questions fréquemment posées (FAQ)
1. Que sont les prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux ?
Il s’agit de paysages pastoraux ouverts traditionnellement exploités en Europe du Nord, présentant un couvert arboré lâche (10 à 35 % de fermeture). Ils résultent de siècles de pâturage, de fauche et d’entretien des arbres comme l’émondage. La classification EUNIS les répertorie sous le code E7.2 (Paysage de parc subcontinental).
2. Pourquoi ce type d’habitat est-il considéré comme en danger critique d’extinction ?
La Liste rouge européenne des habitats (2022) le classe en « En danger critique » car les surfaces ont fortement diminué en raison de l’abandon de l’exploitation, de l’embroussaillement, de l’intensification et d’abattages ciblés d’arbres. Il ne subsiste que de rares vestiges, le plus souvent de petite taille.
3. Quelles espèces végétales particulières y trouve-t-on ?
Dans la strate arborée dominent typiquement le bouleau, le chêne, le tilleul et l’aulne blanc, tandis que la strate herbacée est riche en graminées (Agrostis capillaris, Deschampsia, Festuca, Poa) et en plantes à fleurs comme Fragaria vesca, Geranium sylvaticum et plusieurs Alchemilla. Les vieux arbres hébergent une flore épiphyte spécialisée, par exemple le lichen pulmonaire Lobaria pulmonaria.
4. Comment ces pâturages et prairies sont-ils protégés par la directive Habitats ?
Ils sont couverts par deux types d’habitats de l’annexe I : le 6530 (*Prairies boisées fennoscandiennes), habitat prioritaire, et le 9070 (Pâturages boisés fennoscandiens). Les États membres doivent désigner des zones de protection et viser un état de conservation favorable.
5. Peut-on recréer ce type d’habitat dans son propre jardin ?
Une reconstitution intégrale est impossible, car l’habitat repose sur une exploitation paysanne séculaire à grande échelle. Cependant, des éléments comme une prairie fleurie extensive, de vieux arbres fruitiers haute-tige et l’absence d’engrais peuvent favoriser, dans un jardin ou un espace communal, de petites structures accueillant quelques espèces typiques.
Häufige Fragen
Que sont les prairies et pâturages boisés hémiboréaux et boréaux ?
Il s’agit de paysages pastoraux ouverts traditionnellement exploités en Europe du Nord, présentant un couvert arboré lâche (10 à 35 % de fermeture). Ils résultent de siècles de pâturage, de fauche et d’entretien des arbres comme l’émondage. La classification EUNIS les répertorie sous le code E7.2 (Paysage de parc subcontinental).
Pourquoi ce type d’habitat est-il considéré comme en danger critique d’extinction ?
La Liste rouge européenne des habitats (2022) le classe en « En danger critique » car les surfaces ont fortement diminué en raison de l’abandon de l’exploitation, de l’embroussaillement, de l’intensification et d’abattages ciblés d’arbres. Il ne subsiste que de rares vestiges, le plus souvent de petite taille.
Quelles espèces végétales particulières y trouve-t-on ?
Dans la strate arborée dominent typiquement le bouleau, le chêne, le tilleul et l’aulne blanc, tandis que la strate herbacée est riche en graminées (Agrostis capillaris, Deschampsia, Festuca, Poa) et en plantes à fleurs comme Fragaria vesca, Geranium sylvaticum et plusieurs Alchemilla. Les vieux arbres hébergent une flore épiphyte spécialisée, par exemple le lichen pulmonaire Lobaria pulmonaria.
Comment ces pâturages et prairies sont-ils protégés par la directive Habitats ?
Ils sont couverts par deux types d’habitats de l’annexe I : le 6530 (*Prairies boisées fennoscandiennes), habitat prioritaire, et le 9070 (Pâturages boisés fennoscandiens). Les États membres doivent désigner des zones de protection et viser un état de conservation favorable.
Peut-on recréer ce type d’habitat dans son propre jardin ?
Une reconstitution intégrale est impossible, car l’habitat repose sur une exploitation paysanne séculaire à grande échelle. Cependant, des éléments comme une prairie fleurie extensive, de vieux arbres fruitiers haute-tige et l’absence d’engrais peuvent favoriser, dans un jardin ou un espace communal, de petites structures accueillant quelques espèces typiques.